mardi 2 avril 2013

GUJARAT 3. Nature et divinités


Sanctuaire tribal, près de Poshina


Dans un voyage qui traverse villes et les campagnes, paysages et architectures, la présence des animaux dans un pays majoritairement hindouiste qui respecte toute forme de vie, on constate que la réalité économique rencontre les mythes et récits  fondateurs de l’hindouisme, ce qui est valable pour tout le sous-continent.



D'un doigt, Krishna transforme la montagne en  parasol

 D'autres formes de croyances coexistent dans chaque village de "tribus" (les "adivasi" que le gouvernement intègre selon des quotas).







Hanuman

Les divinités du panthéon hindou :  au sommet Brahman, incarnation du «tout » se manifeste par ses avatars : Brahma aux quatre visages, Vishnou le créateur, Shiva (à double fonction, protecteur et destructeur). Avatar de Vishnou, Krishna est le plus populaire dans la religion actuelle, tous sont accompagnés des animaux symboliques.















Ganesh, autre divinité recrée par Shiva, garantit la prospérité, figuré dans les temples et les habitations. Hanuman, roi des singes, accompagne  Rama, pur qui il a combattu Ravana pour libérer son épouse Sita.







Petit bestiaire:
Char à boeufs

 Les vaches  « sacrées », continuent de déambuler dans les rues, avec les effets embouteillages, mais, après enquête, ont un propriétaire qui les récupèrent à l’heure de la traite ou au moment du vêlage, ainsi on en rencontre  en plein centre d’Ahmedabad, dans une petite étable, ou des temples et dans les campagnes. 


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Pourvoyeuses du lait, qui fournit la base de l’alimentation, elles sont la grande richesse du Gujarat pour l’exportation.






Les  troupeaux de buffles (et bufflonnes) élevés dans les régions plus désertiques assurent l’économie des pasteurs Rabaris.



Les bœufs travaillent encore dans les champs, décorés et enguirlandés.



Sculpture de grès, Xè siècle

Dans l’iconographie, la vache apparaît avec Krishna, le « berger divin », 






quand le taureau, sous la forme de « Nandi », la monture de Shiva, est présent à l’entrée des sanctuaires,



Diu: temple de la mer







souvent accompagné de la tortue, support du monde de l’origine, et du rat, compagnon de Ganesh.








Le serpent Naga, un cobra protecteur qui coiffe Brama ou Shiva accompagne aussi Bouddha.



Ahmedabad : ferme  d'éléphants dans un temple

Les éléphants, grands travailleurs, continuent d’être soignés et peints, dans des fermes.

Loin des villes, dans le petit Rann de Kutch, un désert salé, et le grand Rann de Kutch, à l’ouest, aux confins du Pakistan, on observe des animaux non domestiqués : les onagres (ânes sauvages)



les  différentes antilopes et les daims,  les sangliers (associés à Vishnu)





et dans la réserve de Sasan Gir, les derniers lions d’Asie. Les léopards « trop timides » ne se montrent  pas.



Temple à Nirona  (Kutch)
Adaptation locale, tous figurent au fronton de temples de villages du Kutch.

Le cheval, monture des guerriers rajpouts, mais aussi de Rama  est l’objet de culte dans des sanctuaires « non hindouistes » pour ne pas dire animistes. À coté de Poshina, une petite ville proche du Rajasthan,  dominée par le palais d’un marquis, les villageois vénèrent un dieu rural sous la forme de poteries accumulées au flanc de la colline. Installation superbe.


Près de Poshina

Dans la région de Champaner, à l’est de Jambughoda, là aussi sur les terres d’un marquis faisant maison d’hôtes, un sanctuaire de village, - une simple maison- est décoré de scènes de la vie quotidienne intégrées au récit de la création de la communauté des Rathava.

Le porche du sanctuaire Rathava.



L'ensemble illustre le défilé des noces du Dieu  local Pithoro, 
où les cavalcades de chevaux voisinent avec les éléphants, les singes et les acrobates. Et quelques inventions modernes. Extraordinaires figurations d’artistes locaux.
L'un d'eux fut exposé au Musée du Quai Branly ("Autres maîtres de l'Inde", en 2010.

Quant aux chiens qui prolifèrent dans les villes, même s’ils ont une âme,  ils n’ont pas  d’usage sacré, sauf peut-être pour les chasses du Ramayana.












Peinture murale

Volatiles :

Outre les pigeons pour lesquels des édifices sont construits partout, le cygne qui accompagne Brahma, le plus représenté est le paon, qui vit en liberté dans les villages, originaire de l’Inde ;


Décor de sol, marbres de couleur,  temple de Krishna, près de Bujh


Luth, musée de Rajkot



sa valeur symbolique d’éternité et de renaissance a gagné la culture persane et européenne.










 Ses images sont présentes dans les temples, anciens et modernes, et furent le support d’instruments de musique.

 Mais ils finissent en éventails sur les sites touristiques…






Krishna tuant Bakasura





Les grues ne bénéficient pas de ce regard positif: le démon Baka, sous la forme d'une grue tenta de tuer Krishna.






Cygnes , petit temple sur la mer à Diu


















Actuellement, elles se nourrissent des poissons à l’arrivée des bateaux de pêche à Diu.  















Cette île, séparée du continent par un pont, ancienne colonie portugaise, n’appartenant pas à l’état du Gujarat est dispensée du végétarisme

















et de la prohibition de l’alcool, et  offre, pour le plaisir des gastronomes et des touristes, la dégustation des produits de la mer…





lundi 1 avril 2013

GUJARAT 2: Ahmedabad


Porte XVIIIè s.


Ahmedabad : une ville complexe en expansion:



Perchoir
Centre urbain  de l’État, comptant plus de 5 millions d’habitants, et capitale économique, la ville fut fondée en 1411 par Ahmed Shah, un guerrier musulman, dans un territoire non encore occupé mais proche des côtes, sur la rivière Sabarmati.

Plan dessiné au XVIIè s.














Cerné par une forteresse, le centre ancien comporte un nombre de bâtiments du XVè siècle dont de nombreuses mosquées.



La mosquée Jumma Masjid, la mosquée du vendredi, aux  260 piliers, s’ouvre par un porche ouvragé dont les minarets sont tombés à la suite d’un tremblement de terre. 

Jumma Masjid, 1424 :  le porche
La mosquée de Champaner, de la même période (autre chapitre) donne une idée de l’ensemble.




Le réemploi de colonnes de temples hindouistes explique un style assez composite, rompant avec la tradition musulmane, et anticipe sur un style indo-musulman.


Mosquée Sidi Sayad, détail













L’abondance de décors végétalisants, sculptés dans la pierre, se retrouve dans la petite mosquée Sidi Sayad , édifiée un siècle plus tard par un esclave du sultan.



Une forme spécifique d’architecture du Gujarat, où l’eau conditionne la richesse, consistait dans des puits –les baolis- dont les étages  permettent d’atteindre le niveau  en fonction des saisons et de servir de réservoirs.



 Aussi ornementés que les mosquées, plusieurs puits proches de la ville ont été restaurés, ainsi  l’Adalajvav, construit pour la reine Rubabaï,  en 1499,


 qui s’y fit tailler des niches pour la méditation.


Une beauté près du marché




Si la ville est encore peuplée de musulmans, des commerçants principalement, qui animent les marchés de Manek Chowk,




au détour d'une rue, la statue du poète musulman

 les hindous majoritaires ont continué  au fil des siècles de construire des temples, 



Temple Jaïn

nichés dans les pâtés de maisons anciennes, (les pol), presque piétonniers. Les petits temples Jaïn sont toujours très actifs.


Prêtre honorant Krishna

Les castes de commerçants qui se sont enrichis par le commerce du textile et par la joaillerie  ont construit de somptueuses maisons, les havelis, enserrés dans le tissu urbain











et dont le décor sculpté fait référence aux traditions hindoues.










Ganesh est partout dans les petits autels  qui ornent la moindre maison. Les perchoirs pour pigeons, autant de façades à découvrir.



Ramassage scolaire


La foule des marchés, le bruit des tuk-tuk, les animaux en vadrouille, vaches et chiens;  partout une agitation un peu épuisante.






La remorque pour la sono des processions.
 

















Hors du centre ancien, les marchés aux fleurs et aussi des fermes.




Les femmes sont superbes et rieuses …



La construction de temples hindouistes, de la secte Swaminarayan,


Pendant la prière, les travaux continuent...

ou de temples jaïns très récents, ne cesse de prospérer aux abords de la ville. Étrange contraste entre une religiosité traditionnelle et l’expansion moderne.




La Sabarmati canalisée









L’industrie du textile, à l’instigation de Gandhi, et les trusts (automobile et matériaux)  pour l’exportation sont  toutes-puissantes. 














Le Corbusier, 1951










Le développement économique renforcé pendant la période britannique et plus récemment depuis l’indépendance, accueille des architectures contemporaines : deux bâtiments de Le Corbusier, l'un dédié au City Museum qui contient outre des collections de statuaires, un musée de cerfs volants.







Un autre, la faculté de médecine. Un bâtiment administratif fut conçu par l'architecte Louis Kahn.




Cerf-volant : Gandhi et Nehru












Le patrimoine culturel est exposé dans Le Folk Art Museum, un havre de paix. (no photos) .



Cette première découverte fait une synthèse des lieux que l’on visitera ensuite dans les grandes villes du pays, qui furent en leur temps des capitales de petits royaumes.



Temple Hathi Singh, fin XXè siècle


lundi 25 mars 2013

GUJARAT . 2013

 Gujarat: Circuit 2013



Cet état de l’ouest de l’Inde, au sud du Rajastan, frontalier du Pakistan, riche économiquement en raison de ses industries d’exportation et des conditions hydrographiques pour les parties correspondant aux fleuves et au littoral n’est pas très touristique. Les raisons invoquées, manque de concentration de sites (erreur), un passé tourmenté par les affrontements inter-ethniques (en 2002, les massacres de Musulmans avaient fait le vide) et autre réalité, les interdits : le végétarisme strict et l’interdiction de l’alcool n’incitent guère les européens amateurs de bière. Seuls quelques anglais en autonomes, encore nostalgiques de l’Empire, circulent en voiture avec chauffeur.
Le journal Times of India de février 2013 constatait que les villes les plus remarquables par le développement économique et sanitaire étaient précisément deux centres  du Gujarat: la capitale économique Ahmedabad et Vadodara (ex Baroda). Par ailleurs le chef de cet état, Narenra Modi,  serait , dit-on,  bien placé pour devenir premier ministre de l’Inde. bien qu’à la tête du parti fondamentaliste hindou le BJP.
Après l’indépendance de l’Inde en 1947, le Gujarat fut constitué par scission d’avec Bombay, selon des critères linguistiques.

Peinture murale sur le mur d'une école, Ahmedabad.

 La capitale économique demeure Ahmedabad, une nouvelle ville, Gandhinagar, devient le centre administratif. Le nom fait référence au fondateur  de l’Inde moderne, Gandhi, dont c’est la région d’origine, et où il résida longtemps.




Mumbai : la mosquée de Haji Hali, interdite


Mumbai : the  Gateway of India










L’étape de Mumbai est obligatoire et cauchemardesque du point de vue de la circulation. Porte de l’Inde, soit, sans vaches dans les embouteillages, et avec ramassage des ordures, on passe six heures de CO2 pour apercevoir les architectures coloniales, 

La laverie, incontournable...



le cricket commence à 7h du matin sur les campus ;



une vue idyllique sur les rivages, mais aussi sur les bidonvilles. 





Les affiches pour les dernières productions Bollywoodiennes, très « hard » voisinent avec les publicités religieuses. 







Le maître

Un passage dans un temple d’un néo-guru "Hare Krishna", démontre que les fortunes servent toujours la religion.


temple hindouiste, XXè













Brahma

Le musée « ex du Prince de Galles » recèle des trésors de sculpture et de miniatures indiennes, donations de Sir Tata, et de Mital -autres richesses économiques- une manière de réviser les divinités hindoues auxquelles sont consacrés les temples.


 Gandhi
Statue à Baroda, la marche de 400 km.
La maison de Gandhi, le Mani Bhavan, à Bombay, permet de revisiter les étapes de l'histoire de l'indépendance:

 La marche pour le sel





les vitrines de figurines évoquent les moments de sa lutte (par une coïncidence, la télé avait rediffusé le biopic, efficace pour rafraîchir la mémoire le dimanche précédent).


Bombay, maison de Gandhi

 La bibliothèque et le bureau, le rouet près du lit de repos.


Ashram d'Ahmedabad: la maison de Gandhi






Après la maison de Gandhi à Bombay, l’une des premières visites à Ahmedabad est dédiée à l’Ashram qu’il fonda, et qui contient encore une école.


 Des enfants studieux.


Les lieux dont il était originaire et qui furent les moments de sa croisade pour la libération du pays et l’éradication du colonialisme anglais sont ponctués de statues.












Gujarat, un raccourci de l’histoire.


Lothal, restitution graphique



Dans ce qui fut le delta de l’Indus, les premières civilisations du deuxième millénaire, connues par Mohenjo Daro, ont laissé le site de Lothal ,

un port  d’importation, fermé par des  écluses et dont les maisons d’ingénieurs hydroliciens étaient  pourvus des commodités pré-modernes, eau et chauffage.

Lothal, le site.








Le musée voisin (photos interdites) expose les objets, perles et jouets trouvés sur le site.







Les petits empires, du dixième siècle, hindouistes, ou bouddhistes ont engendré des temples et des cités qui furent détruits par l’invasion musulmane.   Comme celle des premiers nababs du XIVè siècle, l’architecture des moghols n’interdit pas totalement la pratique religieuse et si le Gujarat reste le premier état de population musulmane, c’est aussi celui de domination de la religion des Jain, une religion radicalement  ascétique, végétarienne, encore pratiquée massivement, mais apte, comme les Sikhs,  au développement économique.


Temples Jaïn de Palitana

Les centres de pouvoir des nababs et aussi de Rajpoutes  (comme au Rajastan) se sont déplacés avec les décennies, en restent de somptueuses  villes,


Junagadh : mausolée

 et de non moins délirants palais issus d’un style architectural indo-musulman revisité gothico-anglais au XIXè siècle.


Femme  de la tribu meghwal












Cependant les ethnies rurales ou nomades (dites « tribus ») des marges du désert ont conservé leurs traditions, leur artisanat, leurs femmes sublimes et leur  accueil  souriant.

Nomades Rabaris
Les chapitres sont découpés thématiquement, en suivant le trajet des vingt jours du circuit, avec un guide, Sureth, un vrai gujarati. En route....