mardi 17 mai 2016

ROMA/AMOR, 2: Dans la pierre comme au ciel.


Castel Sant'Angelo. 
Un voyage à Rome a quelque chose de la quête de l’esprit des ruines  et du recyclage de l’histoire : Le Château Saint Ange, construit comme mausolée par l'empereur Hadrien, en 130, devenu forteresse sous la papauté, prison, puis résidence et enfin musée démontre cette pérennité qui vaut à Rome le qualificatif "d'éternelle".
La continuité des croyances en un devenir après la mort -de l'antiquité à nos jours- s'accorde avec des figures et des actes symboliques, les Victoires ailées comme les anges peuplent les décors, triomphes et apothéoses.
Arc de Triomphe de Constantin, reliefs piqués à Trajan, et alii.

Déjà l’empereur Constantin, 315, avait réutilisé à son profit les reliefs sculptés en l’honneur de ses prédécesseurs. Le collage est permanent.

L’empire romain surgit à chaque carrefour, passons vite sur le Forum, saturé de monde,  le Largo Argentina, ou le Forum Boarium, ou encore les Thermes de Caracalla, aux gigantesques voutes , carrières à ciel ouvert pour d’autres constructions et gagnons des lieux plus tranquilles.



Feuilletage et stratigraphies, La Rue des Boutiques Obscures , titre d’un roman célèbre, est le site de la crypte Balbi  qui offre un petit musée (désert).

Ara Pacis Augustae, -13/-9 av JC.  




















La recherche de l’immortalité fut l’enjeu des empereurs « divinisés »: une forme de religion construite sur des rituels: Rome, la ville est aussi divinisée, incarnée par une déesse. les deux cultes sont associés : les cortèges de prêtres et de sénateurs qui cernent le monument nous sont restitués en couleurs..



Sacrifice à l'Empereur. marbre d'origine plaqué au XVIe à la Villa Medicis.

Rome, les jumeaux fondateurs et les déesses tutélaires

L’Ara Pacis autel de la paix d’Auguste, grandiosement ré-emballé par  l’architecte Richard Meyer. 
Certains reliefs d’origine ont été installés sur la façade de la Villa Medicis.











Les voiles gonflés qui auréolent les héros, demi dieux, depuis la tradition de l'empereur Alexandre le Grand symbolisent le passage à une éternité promise.







Villa Adriana :
M. Yourcenar, Mémoires d'Hadrien.
Souvenir de Marguerite Yourcenar: 
Sur les collines de Tivoli à quarante km de Rome.
Résidence d'été de l'empereur Hadrien,(un bon) le site réalise une synthèse les monuments vus dans les provinces, de la Grèce à l'Egypte.

 En mémoire du jeune  Antinoüs, aimé de l’empereur, mort noyé dans un canal près du Nil, le Canope idéalise le paysage.


Maquette du site: ce n'est pas une Villa mais un ensemble de palais, thermes etc

Le Canope.








Mumuse...

On  découvre l’immensité du site, mais privé du Théâtre Maritime en restauration. 





C’est aussi le pique nique des romains le dimanche; le Canope, cadre des rêves de touristes plus ou moins comiques , se peuple de statues vivantes.

Villa Adriana: le bassin, peuplé de carpes et autres poissons.


Ostia antica





Tel un cimetière  hanté , sous les pins; au détour du calme magique des rues, une archéologue travaille à dégager un sol.
Les Mosaïques, "peintures de pierre",  des tavernes et poissonneries ont été déposées, frustration; restent des motifs géométriques ou fleuris.
La pesée du grain rare motif figuratif témoin du rôle commercial de la cité.




La pesée du grain.





La taverne locale offre son décor et ses serveurs sortis d’un péplum.






Ostie: rinceaux peuplés d'animaux sauvages. 


Musées:  depuis  l’antiquité, les collections et les fragments de monuments, conservés depuis la Renaissance, se sont multipliés en quelques décennies. le marbre garantit une forme d’éternité.

Sarcophage IIè siècle : très "baroque".

Travaux d'Hercule.

Triptyque Ludovici. Grèce classique: Naissance d'Aphrodite.


Palazzo Altemps , proche de la Place Navone, ce palais d’un cardinal du XVIe , aux somptueux décors et voutes peintes met en scène les sculptures des premiers siècles : des sarcophages et figures de héros , des copies de la statuaire grecque ainsi que des portraits réalistes de romains anonymes.








Figure volante.





Palazzo Massimo : des marbres, des mosaïques de sol et les décors peints de villa exhumées lors des fouilles.(cf chp précédent) Un  retour à un très lointain sujet d’études, une histoire de goût  pour les images et leur technique plus que par nostalgie d’une romantique tardive. 

Deux exemples de l'iconographie témoin d'un "eschatologie" antérieure au christianisme.
Les voiles, ou la chlamyde d'Hylas, en nudité héroïque comme Alexandre le Grand.










Hylas , fragment du décor de la basilique civile du Consul Junius Bassus, (vers 350), Le favori d’Hercule fut enlevé par les nymphes qui le trouvaient joli garçon lors d’une escale du navire de Jason dans l’expédition des Argonautes. 





Le mur selon un dessin du XVIè.




Non sans rapport avec la figure d'Antinous, le sujet souvent traité en peinture et en mosaïque de sol pendant trois siècles, ici en « opus sectlle » et de style très hellénistique est inséré sur  des imitations de tentures égyptisantes. La composition se retrouve presque à l'identique dans les provinces, on a fait l'hypothèse de carnets de modèles.






Le Consul sur son char, IVè s.






Plus conforme aux proportions du  Bas empire, le consul sur le char de son triomphe a perdu le sens de la perspective.







Dans les Thermes de Dioclétien, transformés en musée, augmenté d'un cloitre attribué à Michel Ange,   de charmantes créatures nous accueillent, 


Terrific !

Mémoires de Byzance:

Santa Prassede, Mosaïque XI è s. : le Christ et les apôtres.

Santa Sabina.

Le début de la chrétienté fut marqué par la construction de nombreuses basiliques, souvent détruites au cours des siècles, certaines ont été restaurées et augmentées par des éléments baroques. Il en reste quelques architectures  très épurées et des décors de mosaïques murales à fond or, des Xe et XIè siècles. Parmi ces églises qui illustrent les évangiles, la résurrection ou le dogme:

Santa Sabina, sur l’Aventin: Construite au Vè siècle et restaurée, d’une calme sobriété. 

S Maria in Cosmedin : Vierge en Majesté.
Santa Maria in Cosmedin, la foule est plus intéressée par la Bocca de verita  du porche que par la nef et la crypte du Viè s.





Le Christ soutenu par les anges, et
Saint Pierre et Saint Paul.












Santa Prassede
Édifiée au IXè s, les mosaïques de l’abside à double arcature figurent une Jérusalem céleste.


Santa Prassede : double arc et abside.



La petite chapelle latérale Saint Zenon  abrite un Christ soutenu par les anges ainsi qu'une Vierge à l’enfant. le reste de l'édifice fut retransformé.


Santa Maria del Trastevere.


Santa Maria del Trastevere: fondée au IIIè s., reconstruite au XII, comporte une abside  ornée d’un Couronnement de la Vierge, mosaïque à fond or.





L’office célébré ce jour là interdisant une approche de détail…






De la Renaissance au  Baroque.

Plafond d'une chambre à la Villa Medicis, début XVIè.



Lors de la redécouverte de l'antiquité par les humanistes, la peinture et la statuaire à sujets mythologiques ou ésotériques ont animé les places  et les palais. 


Les plafonds pouvaient érotiser les insomnies des princes et des cardinaux.





  
Plafond à la Farnésine: Triomphe de Persée sur Méduse. Victoire volante.




Le triomphe de la Contre Réforme, luttant contre le paganisme,  imposa une iconographie pléthorique de tous les saints et qui privilégie le culte de la Vierge, officiel depuis le Concile d’Ephèse, en 431.



Ajouter une légende
De Bernin,  la Fontaine des Quatre fleuves  sur la place Navone  ne saurait faire oublier le « Tartuffo ». 


La mort des Niobides, Villa Medicis.
 Fin du nu héroïque, seuls les anges ont des ailes...


St Louis des Français.






La grande majorité des églises de Rome date donc de la période de la Contre réforme,
fin du XVIè s. Un parcours de marathonien, suivi de la confusion des images tant elles se ressemblent. Mais les envols d'anges peuvent être de marbre. 


dans Santa Maria Maggiore
Couronnement de la Vierge. 
  



reconstruite sur une basilique du début du christianisme, sont conservées des mosaïques des VIè et XIIè siècles.

Les Chapelles latérales sont totalement baroques. 



Santa Maria Maggiore, coupole très "Michel-angesque".

Extases
Stop aux guerres.




Notre Dame de la paix,  semble de circonstance. 






Des esprits hallucinés par les voûtes et les trompe l’oeil  des chapelles latérales.




Dans les églises, le triomphe  des envols mystiques. Putti et angelots fessus font concurrence aux Ascension et Assomption de la Vierge et quelques bienheureux.


Plafond de la Chapelle du Palazzo Altemps. 

La chasse au Caravage
Martyre de St Matthieu in situ. Lumière céleste.



Retour au réalisme pictural, aux ombres puissantes:
Le peintre assez sulfureux en son temps, « sanctifié » depuis quelques décennies, s’admire à l’Eglise Saint Louis des Français et à Santa Maria de Popolo (et  à la Galerie Farnèse).
Après un biopic  réussi, insistant sur la vie aventureuse du peintre condamné pour meurtre, 
Plusieurs polars récents en font le fil rouge des serial killers et de policiers fort cultivés, mais il inspire surtout la référence de peintres contemporains. 



Yan Pei Ming: St Matthieu.

 À la Villa Medicis, exposition de Yan Pei Ming : reprise de quelques Caravage , et d'un Velasquez ainsi que d'images d'actualités politiques italiennes. 
Les toiles furent commandées à Caravage pour l’église St Louis des Français,  et pour Santa Maria del Popolo et pensées en fonction de l'éclairage des chapelles.

Crucifixion de Saint Pierre.






          Sont figurés les martyres des pères de
          l'Église, Pierre, Paul, Matthieu. Ailleurs, on  verra  
             La   
            Mort de le Vierge, ou des sujets       
            bibliques,
            et nombre de jeunes gens du peuple, 
           transformés en allégories. La récente   
           affaire de
          Judith décapitant Holopherne fait débat.
           





Les navigateurs de la transmigration, 






Pour terminer ce survol historique, La modernité architecturale incarnée par le « Colisée carré » de Mussolini dans le quartier de l'EUR:  l’esprit de l’art y est célébré, Fellini et tous les cinéastes l’ont utilisé à des fins très critiques. 
Migrons donc:
Les cerf volants des femmes.



Vers le MAXXI, le très récent musée d’art du XXIè siècle, qui exposait un panorama des oeuvres d’artistes turcs, consacrées au témoignage des ravages de la politique et de l’urbanisme à Istanbul.






Le MAXXI : vue intérieure.
Finalement  nous n’avons pas eu le temps d’aller au Vatican.  Damned. Ce n'est pas sérieux. Mais la semaine de l'Ascension fut l'occasion de ce chapitre volatil(e).

mercredi 4 mai 2016

ROMA/AMOR, 1, Les illusions scénographiques.




De l’antiquité romaine au cinéma, pas seulement le « peplum », en passant par la Renaissance et le Baroque, un pèlerinage à Rome:

Le cinéma est partout : dans les rues, aux murs des restaurants qui célèbrent leurs stars, dévoreurs de pastas.
Paradoxes: la luxueuse Galeria Colonna, rebaptisée Alberto Sordi, (un prolétaire de du néo réalisme) détrône la colonne de Marc Aurèle voisine.




Les foules se pressent à la Fontaine de Trevi :


ne cherchez pas Marcello et Anita, , la piscine est fermée, ils prennent une douche,  sur le mur du quai de Longotrastevere, avec une ribambelle de citations (un vrai quiz). 





L'icône voisine se retrouve dans un grand format de Yan Pei Ming à la Villa Medicis, en compagnie de quelques Caravage.


Y.Pei Ming: Mamma Roma. 










cinecitta.

Temple dédié à Fellini, son musée ouvre la visite, décors et costumes, 

La Déesse de Casanova, à sec.

















extraits de films, dessins préparatoires , photos de tournages.



Tournage de  Le Cheik Blanc, (Courrier du coeur, 1952)

Les autres ne sont pas oubliés, une préférence pour Toto et tous les nazes géniaux du Pigeon.







  



Les studios : peu fonctionnent encore, (gag, on me prend au passage pour une applaudisseuse de pub à la télé, « avé, bon giorno »)

Studio5.



on jette un oeil dans le studio 5 (en hommage au parfum de Chanel) où fut intégralement tourné le Casanova de Fellini. On n'y croit même pas.
N’y restait ce jour que la trace des 8 Salopards de Tarentino. 







Les pins ne figuraient pas dans Little Italy.
Loren et Sordi !!



Les décors extérieurs toujours en place emboitent des espaces et des temps improbables:
Une rue « américaine » (Coppola, Scorcese, ?) est en cours de restauration.
Alberto et Sophia (Deux jours avec Cléopatre, 53) cachent un parking.



Sous l'arc, les pieds d'un pharaon.

Copie du paysage de la Maison de Livie + barils
On traverse la reconstitution du forum qui servit pour la série Rome. En quittant une ébauche de ruelle et des intérieurs de taverne, 


















on entre dans un bout de village médiéval, le balcon de Juliette.

Puis dans un "temple de Jérusalem" (interdit de photo, le film n’est pas sorti). Des arcatures intérieures invraisemblables.



A gauche un reste de Gangs of New York



Une église florentine à placages variables. 
Le tout en toc et étayé de tubulures. Pas de place pour le Colisée.






Plus loin le fragment utile de la galère de Ben Hur (!) voisine avec des restes de Gangs of New York, décidément encombrants, avant d’aboutir à la « piscine » de la bataille navale du même Ben Hur, qui fut transformée récemment en paysage du Népal pour le film Everest



Ce qui fut la Mer Égée.
Stupeur -et désillusion, pour le cas où on y croirait- , la magie est le propre de l’image.

LES MURS ECRANS.

Dans le film Roma, de Fellini la séquence de la révélation des peintures romaines lors du chantier du métro nous ramène aux décors désormais conservés dans les musées, hormis La Maison d’Auguste et celle de Livie au Palatin.


Le décor des maisons romaines
Au MET à New York.


in situ très dégradés, comme à Ostie, les plus beaux sont conservés au Palazzo Massimo, à deux pas de la gare dont les fouilles pour les travaux ont révélé des villas luxueuses.



Les intérieurs (vus aussi à New York) du « Deuxième style » vers -40/-10av JC, période d’Auguste ouvrent sur des perspectives urbaines. 
Destinés à « éclairer » des salles fermées, en évoquant l’architecture et les paysages,






les vues s’insèrent entre des panneaux décorés de « figures volantes », et imitations de marbres.
Quelques scènes mythologiques occupent des fonds blancs.



Les Murs à fonds noirs ou blancs, ornés de guirlandes, sont surmontés de voutes à caissons  en stuc. Sols en mosaique.





Un décor sur quatre cotés.
La salle entièrement close du « Jardin de la Maison de Livie » à la Farnesine, est peuplée d’oiseaux et plantes. Le musée joue l’ambiance sonore.

Annonciation, Santa Prassede.
Renaissance 

Ce type de décor illusionniste,  oublié pendant plusieurs siècles,  retrouve sa splendeur à la Renaissance avec les recherches sur la perspective. 





Dans l’iconographie religieuse au départ, pour des raisons théologiques (un autre monde spirituel dans les Annonciations en particulier)

puis scientifiques et civiles, la fin du XVe siècle l’exploite dans les intérieurs aristocratiques.

Villa Farnesina, XVIe


Paysages et faux rideaux.



 construite en 1511 pour le banquier Agostino Chigi, ami des papes, mais plus intéressé par son identification aux héros de l’antiquité, assortis d’une thématique astrologique. 
Les allégories des mois occupent les caissons du plafond.









Dans la «Loggia de Galatée», un Michel Ange comme carte de visite à son concurrent Raphael. 

Et le guide ouvre un panneau secret dans le mur qui révèle des croquis de Raphael qui oeuvra comme maître d'oeuvre et pour quelques panneaux.

Salle des Perspectives, Villa Farnesina.
Au premier étage, la « Salle des perspectives » due à Baladassare Peruzzi est sans doute le plus bel exemple des ouvertures factices sur le paysage urbain. 




Chambre des Noces, détail.






















De l'identification héroïque, avant le péplum, Les Noces d'Alexandre et de Roxane.
Les peintures du 2e style ont elles inspiré les artistes, quand on sait que les fouilles qui les ont révélées sont beaucoup  plus tardives. La question est ouverte. mais ceci n’est pas un cours.

Dans une Osteria au Trastevere.






Le trompe l'oeil n'a pas cessé, on en verra d'autres, mais le mur ne demande qu'à s'abolir :










Ruelle près de la Place Navone.



Montée vers le Gianicolo.





Au coin d'une petite rue, pas très passante: ou sur des marches, les effets perspectifs perdurent.




Méfiance, tout n'est que
VANITÉ.



La volière d'un pavillon à la Villa Medicis