lundi 29 octobre 2012

ARMENIE 1. Actuelle



Erevan

Place de la République. détail.

 Une capitale contre les campagnes :

Yerevan, Quatre heures du matin, le taxi traverse le quartier de « Las Vegas » ses néons et une tour Eiffel, puis la place de la république encore éclairée. Par un gag pour cinéphiles, le salon de l’hôtel s’intitule « Ani Hall ». De la fenêtre de la chambre, entre les antennes et les grues, s’impose la vue du Mont Ararat, situé en Turquie, le symbole du dernier territoire perdu par l’Arménie lors du découpage de 1920.

 Une amputation qui réduit le pays au dixième de son étendue lors de son apogée.  Une vraie peau de chagrin. Les invasions, occupations, catastrophes, émigrations et génocides pendant vingt siècles ont réduit la population à moins de 4 millions d’habitants dont le quart vit à Yerevan (Erevan).


La carte montre ce qui reste de l'Arménie historique.


Une histoire trop complexe pour être résumée en quelques lignes. Les arméniens  de la diaspora, presque aussi nombreux contribuent largement à l’économie du pays. (Lire le Découvertes Gallimard  ou l'article de L'Encyclopédie Universalis.



Partant seule à pied dans les rues, ma première rencontre fut une sculpture sur un banc en bronze, place Charles Aznavour.


La place de la République, construite pendant la période soviétique par l’architecte Tamanian, trouve ses qualités par la couleur de la pierre, le tuf rose, et les ornements inspirés de la tradition armeno-perse. Ce même usage de la couleur dans les constructions  civiles et religieuse fait le caractère de l’architecture arménienne.

la vie drôle et bizarre de mon père, 1987
Mon urgence était la visite du Musée Paradjanov, consacré au cinéaste dont le film Sayat Nova (1968) évoquait les visions du poète médiéval. Rassemblant les créations plastiques, collages et assemblages, la maison fut aménagée en 1989.












Bien que Georgien, Serge Paradjanov mort en 90 à Yerevan, encore sous le régime soviétique qui le condamna à la prison, fut nommé « Artiste du Peuple d’Arménie ». (voir le blog ciné). Le bâtiment est (judicieusement?) caché derrière un hôtel de police, et au ras du précipice.

Une scène du film Sayat Nova



Le bâtiment, à l’ancienne, domine la rivière ; 
en face un stade.
Dans le quartier sud, partout des échoppes et des vendeurs de fruits sur les trottoirs.


Mosquée Goy (bleue)






Sur le chemin du retour, une visite au musée d’art moderne et contemporain, pas très palpitant et désert. La mosquée Bleue l’était aussi, seuls deux militaires prennent le frais.  Le grand marché  de style perse en travaux disparaît sous les bâches.







La nouvelle Avenue du Nord qui relie la République à l’Opéra a entraîné la destruction de tous les habitats sociaux au profit d’immeubles de grand luxe et de boutiques de marques internationales aux prix pharamineux.





Et cette destruction continue dans tout le quartier nord, contraignant les classes moyennes à gagner les banlieues.









Quand le salaire moyen tourne autour de 120 euros,  soit environ 95000 drams (le nom de la monnaie ne rassure pas) on se demande qui peut acheter des chaussures à 500 euros ou plus,  quand le pain coûte 200D le hamburger  ou la bière 600D, et le loyer moyen plus que le salaire d'un prof, d’autant que les taxes d’importation en raison du blocus sont majorées de 30% pour tous les produits. Les ploutocrates et la corruption se portent bien.






Les cafés en terrasse près de l’opéra, dont l’architecture grise est particulièrement sinistre -les antennes ont remplacé les muses- ne sont guère fréquentés,  même un samedi après midi, mais surtout pour une pâtisserie, en famille



Les gamins jouent autour du bassin et des statues de personnages historiques.

Le pianiste virtuose dont j'ai perdu le nom..

Entre les chantiers  de destruction, la petite église Katoghike (Sainte-Mère de Dieu) rassemble des fidèles et leurs cierges sous un hangar. 


Construite au Xè s, elle présente les caractéristiques de  l’architecture  arménienne; une coupole au toit « en parapluie » sur un plan cruciforme. Un  vieux joueur de flûte le duduk, mendie.
 Plus loin, l’église Sourp Zoravor, la puissante, cachée dans un dédale d’immeubles  accueille un baptême.
Ce fut le prélude au circuit culturel passionnant –grâce au conférencier érudit et à notre guide locale Mariam, très engagée pour le changement- à travers toute l’Arménie. Il ne fut pas seulement question d’architecture (chapitre à suivre) mais aussi d’économie et d’histoire.

Géographie :
De la capitale dans la plaine d’Ararat, vers le sud, la route suit la frontière turque (fermée et gardée par des garnisons russes) et le fleuve Araks, le mont encore enneigé domine le paysage.

Khor Virap
La route fréquentée par des camions conduit en Iran, seule issue économique, en traversant les montagnes ocres et jaunes après les récoltes. 


Les meules de paille pour l'hiver dépassent la dimension des maisons.









Peu de troupeaux, petits villages ruraux, de rares petites villes. On apprend que les moutons sont vendus à l’Iran, ce qui explique que les menus soient réduits au bœuf et au poulet. Sauf pour grande fête.





Les monastères sont isolés dans les montagnes au-dessus de vallées encaissées et dans des sites vertigineux.

Noravank
L’arrêt à Goris, ville frontière avec le Haut Karabagh, pour comprendre une situation politique inextricable et sanglante. Les deux frontières avec l’Azerbaïdjan sont aussi fermées et étroitement surveillées.


En remontant du sud au nord par le col de Selim, et son caravansérail du XIVe


 dans des paysages superbes bien que dépouillés, on rejoint le lac Sevan. Bleu et bordé d’églises rouges. D’environ 50 km de long, le principal réservoir d’eau du pays faillit disparaître en raison du pompage pour l’usage industriel électricité et l’irrigation.

 La création d’usines thermiques puis d’une centrale nucléaire permit au niveau de remonter, de sorte que la route doit être reconstruite régulièrement ; les hôtels balnéaires ont été abandonnés,
encore perchés sur les collines ou inondés, selon la date.





La truite du lac est devenue hors de prix pour les habitants.
Dans le cimetière de Noradouz, devenu très touristique, entre les khatchars, des vieilles femmes et des gamins dépenaillés tentent de vendre des gants et des bonnets.



Monastère de Hagartsine








Les routes du nord en direction de la Georgie sinuent entre des montagnes qui atteignent 3000m fraîches et très boisées. Les monastères construits dans des sites isolés sont fréquentés par des familles, qui viennent  aussi pour le pique-nique.



La vallée est-ouest au niveau de Vanazdor fut la plus importante région industrielle du temps des soviétiques ; il n ‘en reste que des ruines le long de la voie ferrée.

Il en reste une... polluante




En revanche un hôtel super luxe en forme de forteresse borde le torrent à Lori. Le vieux dessinateur tente aussi de survivre de dessins un peu enfantins. Les habitants d’en face semblent fort démunis : autre exemple de l’écart entre riches et misérables. 






Le nord-ouest dominé par le mont Arakadz -une zone d’élevage de nomades- a subi le tremblement de terre de 1988.








Au pied de la forteresse d’Amberd, l'église a  mieux resisté, 











et  un étrange cimetière comporte les lettres d’alphabets en guise de stèles funéraires.















La ville de Gumri détruite, comme tous les villages fait l’objet d’une reconstruction. À côté du musée, dans une architecture traditionnelle de bois ouvragé,




 une nouvelle église monte avec des techniques de béton qui n’ont rien à voir avec les traditions que l’on a pu étudier dans les cathédrales du début de la chrétienté. 



Ce sont encore de vieilles femmes qui survivent de la vente de quelques graines.














La route de Gumri vers Erevan suit la frontière turque : une succession de miradors dans un no man’s land  que l’on traverse prudemment pour voir la cathédrale d’Ereruk ; le site d’Ani qui fut la capitale du royaume au Xè siècle est ainsi interdite, juste de l’autre coté de la frontière.

Le pays des cailloux
Dans les zones cultivables, la récolte de pommes de terre, à perte de vue.




Le retour, après la vue sur l’usine nucléaire (construite en dépit de la zone sismique) au milieu des vergers et des vignes, 

Le porche et l'Autel pour les messes en plein air.

 se termine à Etchmiatzine, le Saint-Siège de l’Église Arménienne, et du Catholicos.  Un Vatican local où les constructions modernes attestent d’une autre richesse. Dans la librairie, on trouve un ATM !
L’autonomie relative du culte à la période soviétique a trouvé un renouveau depuis l’indépendance. Une cérémonie du vendredi démontrait l’importance du nombre de prêtres et d’évêques et de fidèles aux voitures de luxe.

Retour à Erivan :  Visite de la Galerie Nationale puis du  Musée Matenadaran, qui contient les fabuleuses collections de manuscrits anciens.

La résurrection; peintre Tarone, 1038.
Le bâtiment de basalte gris  qui domine la ville, construit en 1957,  est orné de statues monumentales des poètes, dont Mesrop Machtots , inventeur de l’écriture à la fin du IVè siècle. 


Le sac du monastère, peinture de V. Sureniants, 1885





Un étonnant compromis entre statuaire politique et religieuse.  Le patrimoine  historique de l’Arménie a donc été préservé tout au long des périodes d’occupation,  et c'est l’appartenance à une culture, une langue et une église qui a fédéré les peuples en dépit d'un destin terrifiant. Et a inspiré les artistes de toutes époques.









Le vendredi soir, le son /eau et lumières sur la place  de la république offrait le spectacle assez stupéfiant de foules réunies pour entendre la compilation des  «tubes » de Charles Aznavour . Concert en sono qui fut suivi par la musique de Star Wars… Mais, C'était "formi, formi, formidaable".
P.S: le papier d’Arménie est une invention française.




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