dimanche 22 février 2015

CHYPRE 2/2 : "Byzance"

Panayia Angelokistos, Kiti.

Petit fragment au centre.Le christianisme s'implanta, dès l'arrivée de Paul et Barnabé, avant la reconnaissance officielle par Constantin, empereur d'Orient, régnant à Byzance - Constantinople.

Hélène, la mère de Constantin, de retour de Palestine -la légende veut qu'elle fut à l'origine de "L'invention de la Croix"- visita l'ile, fonda un monastère et y déposa un fragment de ladite croix qu'on peut voir dans l'église de Stavros, à Omodos, un village touristique au centre de la région viticole.
L'Église byzantine, initialement rattachée à celle d'Antioche, obtint le statut d'église "autocéphale". Trois siècles d'invasions arabes et de règne des califes expliquent qu'il ne reste presque rien des premières constructions, qui reprirent lorsque l'ile devint province byzantine au Xe siècle.
Kiti, mosaïque, Ve/VIe, 
Kiti: Panayia Angelokistos, adjonction tardive


Vierge Orante, Panayia Theotokos, à Kakopetria, XVe.



Quelques églises anciennes ont résisté aux destructions, mais pas aux remaniements postérieurs qui donnent des formes assez peu orthodoxes. La richesse tient au décor intérieur, des iconostases très riches et des peintures murales complexes réalisées jusqu'au XVIIe siècle. 







Une très rare mosaïque de l'époque de la première église subsiste à l'abside.
Ce sujet de La "Vierge en Majesté" entourée des archanges figure à l'abside de nombreuses églises de Chypre, remplaçant le Christ Pantocreator.
Adjonctions tardives: l'envers d'Agios Lazaros.

Ayios Lazaros, Larnaka, 9e-17e









Au centre de Larnaka,   Ayios Lazaros, l'église consacrée à Saint Lazare, datait du IXe fut reconstruite à l'identique au XVIIe et les turcs  au pouvoir autorisèrent l'édification d'un clocher.  
Le Musée voisin expose des icônes  de la même période.





Iconostase de l'église de Kiti
Dans ces deux cas, l'iconostase remplit la fonction liturgique et pédagogique par le nombre des figures représentées. 
Évêque inconnu. 






















Autre église ancienne, Ayia Paraskevi, à l'ouest de l'ile, dans le village de Yeroskipou, proche de Paphos, fut construite au IXe et dédiée à la sainte Parasceve, martyrisée en 180.

Ayia Paraskevi.

Son originalité tient aux  cinq coupoles qui couvrent une nef unique.
(Le clocher date du siècle dernier):















Un programme iconographique qui associe la passion du Christ et La vie de la Vierge.



Un culte populaire que les ex-votos illustrent. Et ils ne sont pas en loukoum, la spécialité locale.


Plusieurs périodes pour le décor, ainsi, une Dormition recouvre partiellement une Crucifixion très antérieure.

Ex-votos en cire: des dents, des yeux...

















Omodos, le pressoir ("linos")







Les Églises du TROODOS: 
Ruelle à Kakopetria ( la mauvaise pierre)


Une région entre Nicosie et la côte, des villages traditionnels, en bois et pisé, actuellement en cours de mutation: des gites, et des "musées" pour des traditions : les pressoirs, l'artisanat.

Dans la chaîne de montagne du Troodos, se nichent une vingtaine d'églises minuscules, au toit de tuiles, et qui ressemblent à des granges ou des étables : le Bon Pasteur n'y figure pas.

Les toitures protègent de la neige qui l'hiver permet de développer un tourisme de neige, ski et autres produits qui réchauffent dans les boutiques.





















La Panaghia Theotokos, extérieur. (voir peinture de la Vierge, supra)











Arrière de l'église.



Saint Nicolas du toit.

Un exemple de couverture avec une abside encore visible.

















Saint Nicolas du toit. "Ayos Nikolaos tis steyis" : trois nefs (les piliers sont aussi larges que les espaces vides, entièrement peints) et une abside derrière l'iconostase.



Les murs présentent entre autres:
Une Vierge en majesté, une Vierge allaitante, l'entrée du Christ à Jerusalem, tous les registres à différentes échelles se touchent.









Vierge Allaitante.









Comme partout, Saint George, terrassant le Dragon, mais l'iconographie propose des saints patrons locaux et des scènes spécifiques : 


Les 40 :détail.










Les 40 martyrs, Eglise Saint Nicolas, Kakopetria,  région de Troodos.






















L'épisode des "40 Martyrs de Sébaste",  montre des portraits d'hommes en caleçon blanc, très peu académiques.  Sombre histoire de martyres, sous le règne de Licinius, (empereur qui fut tué par Constantin),  morts de froid, sauf un, remplacé in extremis par le soldat romain qui les surveillait. Le doigt de Dieu le père domine la scène.  




Peinture murale à Yeroskipos
















Saint Lazare:




  
nombre d'églises lui sont dédiées, en dehors de Larnaka, et la scène de la résurrection figure dans le cycle usuel des peintures et quantités d'icônes, y compris en occident.

Musée de Larnaka






La même structure de composition prévaut dans les représentations, indépendamment du format: le Christ à gauche  les bandelettes et le voisin qui se bouche le nez, les femmes (Lazare était le frère de Marthe). Un paysage de rochers en marches géométriques. 




Selon la légende et l'histoire atteste qu'après sa résurrection, il accosta à Chypre, devint évêque, son sarcophage (?) est visible sous l'église à Larnaka. 




Saint Mamas, peinture murale dans l'église de la Transfiguration, Palaochori, Région de Troodos















Saint Mamas,  un saint martyrisé en Cappadoce, serait arrivé dans son cercueil flottant jusqu'à Chypre.  

Autre légende "dorée" : il est toujours représenté chevauchant le lion rencontré sur la route et qu'il dompta pour sauver un agneau. Or, convoqué par un juge à une peine pour quelque infraction, cet acte héroïque le sauva. 


Depuis on l'invoque comme le saint protecteur des fraudeurs du fisc...
Normal dans un pays qui connait les pavillons maritimes et dont le PIB a résisté à l'intégration à l'Europe, bien que notre guide de ce jour là n'ait fait que gémir sur la faillite des banques.







Plus sérieusement, le transfert des représentations entre Anatolie, voire Arménie, Georgie. en particulier, laisse à penser que la circulation des cultes et cultures a perduré au-delà des périodes archaïques, et ce Mamas m'évoque le Dyonisos sur sa panthère, venu d'Asie Mineure.


Les Saints cavaliers : St George et St Démetrios, peinture murale, Eglise de la transfiguration, Troodos


Après Byzance :

Sans que la religion en lien avec la culture grecque ne change, le passage des croisés de Richard Coeur de Lion,  (qui ne firent que construire des forteresses avant de repartir à Malte) introduisit un christianisme  occidental, que la dynastie des Lusignan développa en construisant des églises de style gothique: mais nous n'avons pas vu Famagouste, (de l'autre coté de la ligne).

Fragments gothiques et Blason des Lusignan au portail ouest de la cathédrale de Nicosie.

Après trois siècles de régime Franc, les vénitiens se chargèrent de détruire un maximum de constructions pour fortifier la capitale. Et au passage faire ajouter des campaniles aux églises byzantines. 


Ayos Yoannis, état actuel.



La cathédrale Saint Jean, composante de l'archevêché de Nicosie, construite en 1662, a réinséré des pierres et blasons des Lusignan, l'ampleur des fresques (no photo) sur des modèles byzantins traditionnels démontre la résistance de l'église (ou la diplomatie des turcs qui détenaient le pouvoir à cette période).









Le bâtiment du nouvel archevêché fut reconstruit en 1960 dans le style vénitien, le Musée byzantin (photos interdites) contient toutes les richesses sauvées des églises et monastères.










De la visite expresse dans Nicosie, on retiendra le tout touristique, un Monument de la Liberté  (affreusement soviétique) qui n'a de valeur que symbolique lorsque la ligne verte coupe la ville et le pays en deux depuis la guerre de 1974.






Nicosie, coté grec, le 08/02/15. Pas sûr qu'elle résiste..
Une peinture murale dans une rue, du coté grec, à cent mètres à peine du check point..
et surtout le Musée  des antiques.. retour au chapitre précédent.


Mosquée de Limassol, veille de carnaval. Iconoclasme!

A cent mètres da la mosquée, l'église Saint-André.









Le vingtième siècle reconduisit les formes architecturales, en grand format,  avec pendant quelques décennies, la possibilité de cohabiter entre groupes : les différents lieux de culte voisinent encore dans les villes.


Nicosie : la mosquée  Bairaktar sur l'enceinte vénitienne coté grec.

lundi 19 janvier 2015

ESCAPADE à LONDRES avec CHARLIE


Turner : The Thames above Waterloo Bridge, 1835-40

Le plan "Late Turner" et "Late Rembrandt" s'est transformé, le temps du tunnel de l'Eurostar ce mercredi-là en "Late Cabu, late Wolinski" et late toutes les victimes...
Trafalgar square, mercredi 7/01, 20h


Les londoniens, sous la pluie -pas original- compatissent à la tragédie: les questions qui nous sont posées, une amie et moi, dans les pubs, les rassemblements permanents sur Trafalgar Square, où les stylos, bougies et autres écrits s'entassent en cercle qui grossit malgré le vent;
 au fil des jours, tout le monde est un peu Charlie, la télé en boucle sur l'affaire ne laisse la place qu'aux tempêtes et naufrages dans une mer plus agitée encore que les esprits.



Début de rassemblement.

Saint Martin: la voûte

Le chef du choeur d'Oxford lors d'un concert de musique sacrée à Saint Martin in The Fields demande une minute de silence et rajoute un hymne en français au programme du Miserere d'Allegri - sublime soprano- et d'oeuvres anglaises du XVIII.

Le dimanche matin, le prêche à la grand-messe de Westminster Abbey ajoute trois mots au nom de la fraternité et les officiants serrent la main des frenchies égarées parmi les fidèles. 
On s'abandonne aux choeurs somptueux et à la prestation de l'organiste brillant dans des pièces de Messiaen. 
Un livret permet au touriste un peu athée de suivre le rituel et signale que les hosties sont "gluten free".

Trafalgar, Saint Martin et la National Gallery.

DE L'ART contre L'OBSCURANTISME

Les musées ne nous mettent à l'abri des émotions. C'était mon premier vrai séjour.


Turner: Tempête sur la Tamise.

Détail de la vague du précédent tableau.




Trois heures d'intense sidération dans l'exposition Turner: Par delà les sujets maritimes connus (voir la critique du film de Mike Leigh), Turner s'approche de l'abstraction par ses aquarelles et dans la matière picturale des dernières huiles, fluides ou très "empatées".

L'incendie du magasin de la Tour de Londres, aquarelle, 1841 




Bien avant Monet, et en anticipant sur des peintres du XXe auxquels on ne pense pas, tel Zao Wou Ki ou Fautrier, les ciels font leçon de peinture, venant en avant de toute allusion figurative. La polychromie nouvelle issue des recherches optiques et scientifiques de l'époque devient évidente. 
D'où il ressort, ce n'est pas un scoop, que toute reproduction ne rend pas la sensation picturale matiériste, qui se poursuit dans les autres salles de la Tate Britain. Autres découvertes de l'art anglais contemporain, peinture et sculpture. 


Turner : Sunset from the top of the Rigi, 1844.
Par un miracle, (?) nous obtenons une entrée inespérée pour The Late Rembrandt.

La conspiration de Claudius Civilis, 1661.

Revoir des toiles, déjà connues à Amsterdam, et d'autres venues de collections lointaines laisse pantois par la vérité psychologique des portraits, 

Saskia au lit. plume , pinceau et encre


























l'ampleur des compositions d'ombres et de lumières, et l'incroyable vélocité du coup de crayon ou de plume. Là encore la matière picturale modifie le regard.
Une douceur dans les produits dérivés...



Une marche, toujours en passant par Trafalgar, nous amène à visiter une exposition de dessins d'Egon Schiele. ( Mort en 1918). Le dessin puissant dépasse le réalisme et atteint presque la caricature. 




O. Kokoschka : Le rêve des enfants.













Dans les autres salles de la Courtauld Gallery, des trésors de toutes périodes et une série de gravures d'Oscar Kokoschka, le contemporain de Schiele.




Une Journée à la National Gallery:



Anonyme




Une fine mouche,  anonyme


 Parmi les chefs d'oeuvres de toutes 
écoles européennes : je suis frappée par le réalisme des portraits souvent anonymes du XVIIe : des détails d'une précision diabolique: la mouche  sur la coiffe.


B.  Gleason dans Calvary




Sosie du jeune homme de la jeune fille à la perle.
Mais c'est "un portrait de femme âgée"









autant de figures que l'on rencontre tous les jours (le costume en moins)  : un vrai casting et des références pour films historiques.



Découverte de la peinture anglaise: l'ironie critique et la caricature des moeurs de la petite aristocratie dans les scènes de Hogarth. 

W Hogarth: Le mariage à la mode, 1743.
Une série burlesque qui a pu inspirer les scènes de genre dans les films, car parmi des références au cinéma, dans Skyfall, Bond rencontre Q devant Turner (Le dernier voyage du Téméraire, 1838) et l'étonnante toile de J Wright of Derby: " Expérience avec un oiseau dans une pompe à air", 1768 : un réalisme quasi photographique d'avant la photo, mis en évidence par les lumières du siècle du même nom.


J. Wright of Derby, 1768 : "Experience of a bird in an air pomp".

 Subtile allégorie à entrées multiples pour le film : méthodes anciennes et modernes dans les sciences et l'espionnage. Mais la révolution industrielle a ses esclaves.


George  Bellows : Hommes sur les docks, 1912

M dans Skyfall ( qui tombe aussi)



Nous avons expérimenté le métro, et sur la rive sud, le bâtiment du MI6 est toujours entier, il se fond dans les nuages tandis que les anglais patinent sous le crachin. Puis un excellent restaurant du côté de Holland Park...

les téléphones portables.
Le dimanche ensoleillé le long de la Tamise en direction de la Tate Moderne permet de voir, outre les collections,  les architectures ultra contemporaines et le Globe de Shakespeare à 500m de distance . Éclectisme, sans complexe. 

The Shard et la gare de London Bridge


Reconstruction du Globe


















Polke : Mr Berlin, 1965-73.







L'exposition  Sigmar Polke à la Tate Modern a des vertus décapantes.
Les collections font aussi découvrir de jeunes artistes (femmes) inédites dans nos musées.











Enfin, dernière matinée studieuse dans le British Museum, à la découverte des des salles de l' Orient ancien. La salle de l'Iran (pour compléter le chapitre précédent) était hélas quasi dans l'ombre, mais les reliefs assyriens en revanche remarquablement mis en valeur. 

 Les "acteurs" Art corinthien,  du coté des Monty Python ?

Dans les vitrines de petites statuettes du 2e millénaire et de différentes provenances ne manquent pas d'humour. 



Proto Iran. 
Ur, deuxième millénaire.



Sutton Hoo, Ve siècle anglo-saxon.
















La visite se termine par l'art médiéval celte et anglais : totale découverte et grande mise en espace.
Le casque du Trésor de Sutton Hoo , Ve s (une copie dans  le bureau du pseudo Blair dans The Ghost Writer) : témoin d'un patrimoine. 





Rien de ceci n'est très original, un catalogue donnera plus de renseignements, mais, qui n'a pas expérimenté un hôtel très central dont l'équipement remonte aux années 70, en dépit du nom d'un immense acteur, ignore les vertus nécessaires de l'humour, ici britannique, et plus encore Charlie. 
Bye Bye...