mardi 15 octobre 2013

DALI ; YUNNAN 2

Dali: La porte sud et ses animations

Nord Yunnan




La cité capitale du royaume de Dali, un état indépendant des Bai  succédant au Xè siècle au royaume de Nanzhao, VIIè,  résista au pouvoir central pendant plusieurs siècles.
 Sur la route des caravanes vers la Birmanie et l’Inde le long du Mékong et des fleuves qui descendent du Tibet, c’est un centre de production agricole et de commerce du thé.






 Loin de la gare et de la ville industrielle, la ville ancienne, de plan carré régulier, jadis enserrée dans une muraille, restaurée, est un gigantesque centre commercial « de charme», 


Icônes à vendre




où l’on trouve tous produits  d’importation et où l’on rencontre des scènes surprenantes.




Cyclistes chinois faisant la manche













Le cyclisme ultra-sportif est en vogue au Yunnan comme au Tibet.






Une église catholique, de style local Bai, construite au XIXè sous la dynastie Qing se loge encore entre les hôtels et les cafés pour touristes.

L'église catholique




Une carte de la région est imprimée selon un style ancien, marquant tous les sites incontournables, accessibles maintenant par les nouvelles routes.  La renommée touristique n’est pas nouvelle, mais le calme provincial vanté est un peu dépassé.


  Des hôtels chic « de style » remplacent les «guesthouse». Des figurants en diverses tenues de minorités déambulent devant les boutiques.










 Les marchandes de fleurs profitent de l’humidité des petits canaux. 




Sur les collines voisines, avec vue sur le lac,



Les  « Trois Pagodes », érigées au IXè  et XIè siècle, (contre les tremblements de terre) tiennent toujours,  et le temple Chongsheng,


Temple Chongsheng

 un ensemble de bâtiments étagés vers le sommet sacré fut complètement reconstruit dans les dernières années ;

Costumes Bai






Le Roi Céleste



les stands de costumes permettent au touriste de se vêtir « à la mode locale »: ici la coiffe Bai qui symbolise « la neige, le vent et le reflet de la lune sur l’eau».







Maitreya, le Bouddha de l'Avenir



Un exemple





 Les sculptures gigantesques ont précédé la pose des toits, l’illusion est presque parfaite.











Des panneaux explicatifs en anglais et même en français nous informent, non sans coquilles cocasses, sur la signification des différents temples, dédiés aux avatars de Bouddha :

Les disciples

Une première leçon théologique un peu confuse. 




Dans le déambulatoire du dernier temple, qui abrite les effigies de ses disciples un relief en bois sculpté narre les épisodes de la vie de Bouddha, œuvre contemporaine troublante dans sa facture. Quelques moines y vivent encore à l’écart des foules.




Plus intimes, authentiques et fréquentés par des croyants locaux: le temple de « La déesse de la Miséricorde », aux toitures superbes, et décors peints;


Temple de La déesse



au bord d’une route en lacets (elle dessert surtout un lotissement de nouvelles villas cossues) qui conduit au « Temple Gantong » : une ascension dans les collines, après la montée entre les marchands du temple : superbes étals de fruits, et objets de piété. 

 Temple de La déesse de la miséricorde















Au sommet trois pèlerins essoufflés et  deux moines qui offrent des rituels de divination. « L’avenir sera prospère ».


Temple Gantong



Le Lac Erhai : XiZHOU


Maisons anciennes à pignons.

Près du marché, les toilettes publiques adoptent le même style

Maison de bois à étage pour trois familles, et le séchage du fromage. 


Fabrication du fromage
Sur la rive est du lac, la petite cité de Xizhou, conserve de très belles maisons  traditionnelles, encloses de murs et orientées autour d’une cour :













 piliers aux bases sculptées, murs décorés de peintures et plaques de marbre « paysages». S’y pratiquent encore des activités artisanales : la fabrique de fromage en forme de coquilles moulées sur bâtons,









Jeune brodeuse à lunettes





L'écheveau et l'impératrice.

 et le travail de la broderie sur soie.






  










Prodigieux exercice de patience pour des œuvres traditionnelles ou modernes.



Sur le lac






La pêche "au cormoran" reste le comble du programme touristique:






Les sampans se relaient, les musiciens font de la figuration. Nous ramons en choeur...













La photo nous attend à la sortie. Le plat de poisson qui suit est un peu chiche.











Puis, sur la longue route du nord,  le long des vallées creusées par les fleuves entre les chaînes de hautes montagnes, on admire les cultures et les paysages.



dimanche 13 octobre 2013

YUNNAN 1




 La région sud de la Chine, limitrophe du Vietnam, du Laos et de la Birmanie, et du Tibet est connue pour ses paysages et ses minorités ethniques. Septembre  2013, munie d’un guide papier datant de 99, avec en mémoire une traversée de la Chine à l’époque et en dépit des lectures du Courrier International, je découvre les changements avec stupéfaction. Une réalité vérifiable sur tout le circuit. Le développement des provinces de l’Ouest, décidé en 2000, y compris pour les régions de population « non Han », visait les infrastructures, l’industrie et l’éducation. Des routes, des aéroports, désenclavent les zones rurales et par là même favorisent l’installation des chinois Han, le renversement des proportions des habitants était déjà sensible au Xinjiang en 2000.


Kunming, vue du 14è étage de l'hotel..


 En marge d’une modernisation générale et d’un urbanisme galopant, la reconstruction en mode ancien, est un projet abouti dans tous les sites historiques ayant quelque valeur économique par la manne touristique, de chinois et coréens principalement. Le contraste est maximum.


La porte d'entrée du Temple d'Or.

Kunming :




Dans la vielle ville, une rare maison debout;
La capitale économique du Yunnan est tentaculaire, plus de 7 millions d’habitants, avec ses embouteillages, sa pollution et cependant les jardiniers fleurissent les abords des autoroutes et voies sur trois niveaux.



Les échafaudages en bambou ont fini leur existence

  La ville borde maintenant le lac Dian, vert et pollué par les écoulements urbains.




Gastronomie sur tables tournantes.

Maisons murées

 Du centre ancien, qu’admira dit-on Marco Polo, ne restent que quelques pâtés de maison, en ruine et un restaurant traditionnel au coeur du marché aux oiseaux, et animaux en tous genres, comestibles ou non, artisanat, bijoux vrais ou faux.



Le lac Dian, vu de la Colline de la beauté endormie.
Le lac est dominé par la "Colline de la Beauté Endormie", parcourue de voiturettes électriques et accessible aussi par téléphérique.


Tailleurs de pierre du dimanche..


 La route mène au Temple Taihua ( en cours d'extension gigantesque, entrée payante). 


Porte du dragon


 et à la « Porte du Dragon » accrochée dans la falaise et ponctuée de chapelles, des grottes historiées au XVIIè par des moines; fort fréquentées. C'était un dimanche. 



Où l’on apprend que les rituels permettaient de réussir au concours de fonctionnaire , soit « transformer le poisson en dragon ». Vertu taoïste ou confucianiste ?

Autre temple taoÏste, le « Temple D’or » niché dans les collines de l'est.
(construit sous les Ming, en cuivre, plutôt qu’en or) et agrandi au XVIIè par le général Wu Sangui :



 envoyé par les Ming pour contrer l’invasion des Mandchous , celui-ci prit la tête d’un soulèvement qui écrasa les Ming en 1661, favorisant ainsi l’empire Qing.









La saga des trahisons et de ses amours est restituée par une série de peintures sur papier d’une qualité indéniable qui semble avoir pris comme modèle l’acteur  de « Tigre et Dragon »  ( une manière de datation inédite, mais  conforme aux  restaurations d’un patrimoine naguère éradiqué).



 Le jardin arboré est ponctué de pavillons de cuivre.

Les temples et monastères que nous visiterons dans la région ont été ainsi restaurés depuis quinze ans.





Revival  généralisé et préservation des minorités ethniques :


















La  « Forêt de Pierre »  curiosité géologique, de concrétions karstiques identiques au nord du Vietnam, (dans sa version pour touristes étrangers, distincte de la forêt des chinois « trop nombreux » selon notre guide) est  un « parc » 


"Visitor center" , site classé.


peuplé de créatures en tenues ethniques  Yi ou Miao, pour les photographes :




  




Ces dames attendent le client en brodant des canevas kitch. Des ouvrières musclées tondent l’entrée monumentale genre Bercy. 









Dans le dédale des sentiers nous ne croisons que quelques gardes et jardiniers. Partout des fleurs, des « Cosmos ».

Femme Jino






Quant aux authentiques costumes, ils ne sont portés dans cette partie de la province que par quelques vieilles femmes, ou encore repérables par les porte-bébés. 



Danseuses du groupe des Yi

On en verra dans un spectacle (digne du Châtelet) qui met en scène des récits traditionnels, animés par un groupe de remarquables danseurs issus des  ethnies Bai, Yi, Jino...  Les effets spéciaux musiques et chutes de neige ne manquent point à l'ambiance.



L’Unesco est passée, le « Lotus national Award » aussi. 


La légende du Paon







  Folklore et mythes fondateurs comme façade, la question est ouverte.

En ville, les jeunes sont ultra modernes, et comme les moins jeunes enregistrent tout avec un I pad.


Après la performance, la photo souvenir:


Toutes ethnies, y compris le Tibétain

Le train de nuit pour Dali nous ramène à la réalité de foules moins cosmiques.



jeudi 12 septembre 2013

La CHINE à VENISE :


 

Une escapade dans le cadre de la Biennale pour « rafraîchir les disquettes art contemporain », et goûter les pâtes en regardant passer les vaporetti et les gondoles. C’était aussi « La régate historique », et la Mostra : les foules.

Dans une programmation de plus en plus vaste avec participation de pays nouveaux, le nombre de pavillons occupés par la Chine (HongKong et Taiwan compris) atteint la dizaine ; un record historique, et des lieux inédits. Des artistes en somme plus nombreux que les cohortes des compatriotes à la remorque du petit drapeau d’un guide…

Célébration de vingt années de participation et surtout ouverture ou nouvelle invasion du marché de l’art. Je n’ai pas eu le temps de tout voir, mais quelques productions devenaient pertinentes dans le contexte politique, et parce que je préparais un voyage dans cette partie du monde.
La présence chinoise à Venise évoque encore Marco Polo et les voyages de Matteo Ricci, un jésuite qui fonda en 1582 la première mission dans le Guangdong avant de se fixer à Pékin. Entre la route commerciale  et prosélytisme religieux, la Serenissime était le centre européen des échanges avec les dynasties impériales. Retournement de situation, l’impérialisme chinois actuel passe aussi par l’art.



Un symptôme, le pavillon du Kenya exposait surtout des artistes chinois !
Un triporteur et la vidéo de son trajet, embouteillage de sampans…



Huile sur toile. 



Lin Xue: dessin bambou et encre




Le thème général de la Biennale «  le Palais Encyclopédique » favorisait le retour sur l’histoire: à l’arsenal les tombes rurales de Kan Xuan, le paysage traditionnel : dessins au bambou sur rouleau d’une minutie fantastique : Lin Xue ,



 les encres sur papier de Guo Fengyi , d’inspiration mystique et mythologique.



Le vent sur la rizière, peinture.
Ailleurs : « Rhapsodie in Green » : paysages  de rizières verdoyantes, les traditions du peintre  Huang Tu Shui revu par un contemporain,



  mais aussi éventuellement interprété en paille d’acier peint (Kao Tsan-Sing) Écologie ?






Dans le pavillon "officiel" de l'Arsenal:


Une culture sous perfusion?







Visions traditionnelles et intégration de nouvelles technologies, le savoir faire en peinture, d’un réalisme terrifiant, coexistent avec  la vidéo,
Détail











les plongées en abyme du numérique sur le motif de mandalas, et autres photos gigantesques, non dépourvues d'humour.

Temple et grande muraille


 et des installations (Pavillon de la République Populaire), sur le thème «Transfiguration ». 

Le Grand Canal


Si le Grand Canal à Venise, bordé de palais (nombre d’entre eux accueillent les expositions, ce qui permet aussi de savourer les peintures d’époque) a demandé deux siècles de travaux pour relier les îles principales (et faire les délices des touristes), l’ouvrage gigantesque  à usage commercial fut réalisé en dix siècles pour joindre Pékin et Hangzhou, et ainsi connecter le Fleuve Jaune et le Yangzi, soit 1800 kilomètres.




Le thème du canal fait ainsi un pont entre deux mondes et l’objet d’une exposition d’artistes chinois dans le Musée Diocésain, un symbole patrimonial.
 Occasion d’admirer quelques Tintoret, avant des vidéos : regard sociologique des populations rencontrées lors du parcours ; installations associant rouleau de peinture traditionnelle et objets votifs ;




 une longue tresse de photos et débris recueillis sur le trajet… Un couplage donc de pratiques traditionnelles et d’actions performances ancrées dans la réalité économique et politique.

Dissidences :

L’artiste internationalement connu Ai Wei Wei, qui fut condamné dans son pays pour des actions considérées subversives, occupe plusieurs lieux :


A WeiWei : Installation

Une installation dans  le pavillon allemand : équilibre de tabourets rituels, qui font surtout penser au travail de  Kawamata ou, que naguère, le défunt Cheng Zhen mit en scène des mobiliers (autrement  plus sensibles et impressionnants).



Ai Wei Wei, Vue générale





Ai Wei Wei : s.a.c.r.e.d, détail
Dans l’église San Antonin, des caissons peuplés de dioramas exhibent les années d’incarcération et d'humiliations :  trash et exhibitionniste, mais  justifié par un titre S.A.C.R.E.D ! 













(Pas vu les autres sites dont un reportage photographique sur les effets d’un tremblement de terre).









La question du Tibet :
au Palazzo Bollani (hors catalogue des lieux) deux artistes stupéfiants (mais bankables, car présents à la foire de Bâle).

Wang Qin Song : Temple, photographie, 180x300cm
Les photographies de Wang Qing Song après mise en scène d’acteurs, une salle d’opération, une déconstruction de la statue de la liberté et surtout « Temple », vision de culs nus et sales devant un Bouddha rigolard. 

À l’étage, on se croit une fraction de seconde dans San Rocco:

 Hong Sheng Tong : Together,  4,70 m x 10,40m; 2011-2013


D’immenses scènes historiques peintes (j’insiste sur la facture seizièmiste) d’après montages photographiques  de Tong Hong Shen: La rencontre :  «Together » entre prélats  romains et Lamas, des portraits de divers Rimpoche, d’une dimension équivalente  aux Véronèse  et Tintoret.








 Les chiens du premier plan dans le rôle de l’admoniteur. Hyperréalisme saisissant (et combien d’assistants ?).
Together, partie droite







Reste la question (non résolue dans la lecture du site de l’artiste), du sens de cette représentation dans un style « officiel » -idéaliste ou critique- d’une union œcuménique des religions du monde, quand la situation  du bouddhisme au Tibet est tragique.



Question subsidiaire : quel coffre peut contenir une peinture de 10 mètres de long ???


Célébration, 2012

Une réponse peut-être au prochain chapitre, au retour de Lhassa…