mercredi 27 avril 2011

AFGHANISTAN : vivre et travailler à KABOUL

L’invitation, en 2007, par Darah-Afganistan (www.darah-afghanistan.net) faite comme accompagnatrice de Michelle Rastoul, de l’association Aster Bretagne (Architectes sans Territoire) était l’occasion de réparer un manque : le rêve de Kessel à l’adolescence, le faux départ (en 67 en stop pour voir les bouddhas du Bamian, interrompu par un tremblement de terre en Turquie) les impossibilités de voyager en temps de guerre. Les contournements par les pays voisins n’ont fait que renforcer la fascination obsessionnelle pour un nom comme un mythe.
A l’aéroport de Dubai 2, réservé aux destinations criseuses, les files ne laissent aucun doute: les guerriers et mercenaires américains façon cowboy pour Bagdad, les barbus enturbannés accompagnés de femmes voilées de noir pour le Pakistan , les « humanitaires » pâles, tristes et anxiogènes pour Kaboul.


Le survol des vallées et chaînes neigeuses, soleil levant magique, et la descente stupéfiante à ras les montagnes pour un tarmac défoncé, faisant aussi office de camp militaire. Puis la traversée de la ville quasi-déserte aux rues ravagées entre des bâtiments toujours entre démolition et reconstruction, une entrée en matière très cinématographique. Les moutons assurant le nettoyage.


L’accueil dans la maison d’Ashmat Froz, entièrement close sur un jardin intérieur, roses et raisin sur les treilles, le four à pain , une oasis de paix au flanc d’une des collines.





Les oncles et tantes, nièces et neveux avec enfants continuent à vivre tranquillement, comme indifférents (ou blindés) aux bruits extérieurs. Les tirs que l’on entend sporadiquement la nuit ; le passage des hélicos si bas qu’ils déclenchent l’alarme de la voiture.
Les coupures d’électricité (ou plutôt, les rares moments de branchement) n’empêchent pas d’entendre les prières de l’imam particulièrement excité de la mosquée voisine.
Les courses en bas de la rue : échoppes de brochettes fumantes, de fruits et légumes, et mini-market (notre « Fauchon ») dans une fumée et un bruit insupportables, chaque boutique étant alimentée en électricité par un compresseur posé sur le trottoir. Triple problème donc, l’eau, l’électricité (les usines et barrages de l’époque soviétique sont en ruine, ce n’est pas le manque d’eau dans des montagnes qui traversent le pays) et l’essence, importée à un prix exorbitant.
Un autre super market pour les expats, nombreux dans le quartier ( et même enlevés par erreur ou crapulerie), fournissait – miracle - les surgelés et les cigarillos. Pour l’alcool et la bière une autre histoire... Au printemps on a trouvé une échoppe de sikhs, dans un contrebas sordide de la route de l’Ipk, au tarif européen.
Au printemps, le grand nettoyage : lavage des tapis à grande eau ( là-encore comme pour l’électricité il faut attendre les heures de distribution et remplir la citerne.


Peinture des murs, et réfection des matelas : les cardeurs ambulants (comme certains vendeurs) apportent leur engin qui ressemble à une harpe monocorde. La vibration de la corde frappée par un cornet de métal défait l’agrégat de coton, produisant un nuage dense ; puis les sacs sont à nouveau remplis. Au suivant.






Sortir
Le soir, centre ville, dans la voiture banale, pour rencontrer quelques rares français, des restaurants, conviviaux (à l’entrée, un vestiaire, des cases pour « déposer les armes ») outre une carte un peu indienne, décor soufi, offraient du vin. Terminé au printemps.
Le Bistro, patron français, charmant jardin intérieur continuait son exposition-vente de tapis superbes. Est-il encore ouvert ? La rencontre avec Gabriel Buti, directeur du Centre Culturel Français me fournit l’occasion d’une exposition, et d’un retour pour la saison suivante.

Pour les expats et les humanitaires (des très petites ONG, sans la cohorte des 4x4 blancs provocants et consommateurs de 80% de leurs crédits), et les militaires, des réceptions à l’Ambassade de France : nous n’oublierons jamais le beaujolais nouveau de l’ambassadeur vêtu en compagnon, le taste-vin en bandoulière.
Une réunion suivante en avril 2008, pour organiser les projets, fut interrompue par le garde : problème, bavure. Face à la France, simplement défendue par deux pots plantés de rosiers, les Etats-Unis, triples murs surmontés de barbelés, un flingueur allumé avait tiré sur un afghan lambda, peut-être un peu fumé. La question posée par un député de service était : « sommes nous correctement protégés ? ». La semaine suivante, c’était Bernard Kouchner. Très petit, comparativement à l’ambassadeur d’un mètre quatre-vingt-dix. Il fut remplacé, nouvel arrosage...
Le Centre Culturel Français. Dans l’enceinte du Lycée Istikal qui forme les jeunes en langue française. Très actif, grâce à son directeur Gabriel Buti, agité comme un Malraux bis, des programmes de cinéma et de théâtre (Ariane Mnouchkine travailla avec quelques étudiants).
Superbe prestation de Brecht. Puis concert de musique indienne.


Fêtes
Les repas de famille se font concurrence dans la richesse de la table. Les amis, cousins du quartier puis les chefs des riches familles d’Istalif nous invitèrent dans leurs grandes maisons du quartier neuf au nord de Kaboul. Trente ou quarante convives au moins. La séparation entre hommes et femmes est traditionnellement respectée: pour les hommes un grand salon meublé de canapés modernes, de plantes et d’armes accrochées au mur ; pour les femmes et leurs enfants une pièce garnie de matelas et tapis et qui se transforme en dortoir quand la soirée se prolonge. Le service est décalé et la table (au sol) fastueuse.
Bénéficiant d’un statut d’exception, je pouvais circuler de l’un à l’autre, les hommes en particulier très fiers se prêtant volontiers aux croquis qu’ils signaient.


Un mariage grandiose dans un wedding hall gigantesque (béton et facade en mur-rideau vert ) fut une expérience étonnante.
Les femmes accueillies dans un vestiaire spécifique, se débarassent de leur chadri, pour se transformer en créatures de rêve, accèdent ensuite au salon où est dressée l’estrade destinée aux mariés. Hormis l’animateur et les photographes, le marié sera le seul homme ( le mari d’une femme européanisée fut reconduit à la frontière) à passer la longue soirée dans cette pièce décorée de fleurs , d’une arche symbolique et d’un écran pour diffuser l’arrivée du couple en limousine ! (quand on connait l’état des rues, celle-ci ne dut faire que le tour du pâté de maisons).


La mariée venant d’Ukraine - un scoop pour entrer dans un cercle tadjik qui combattit les soviétiques - les demoiselles d’honneur, très danseuses exotiques tranchaient avec le style local.
L’orchestre en revanche officiait dans le salon des hommes de l’autre coté du rideau de séparation. Ainsi les jeunes gens dansent-ils entre eux, gestuelle assez érotique.




Vendredi jour de congé , ballade sur le lac Qarga qui fut très populaire, un peu déserté.
Un golf pelé sans pelouse succède à un triste camp de réfugiés (on n’en parle pas) et deux tentes d’une ONG pour accueillir des enfants. Canotage : une femme en burqa sur un pédalo en forme de canard.. Des petits restos à brochettes et le bruit des hélicos de l’armée qui survolent.


Le vendredi alternatif, sans les cours, Istalif pour tous les nouveaux visiteurs.
La première découverte « touristique » d’Istalif, de ses écoles, ses chantiers et ses paysages magiques, c’était la floraison des arbres de Judée, nous a permis de mesurer l’ampleur et l’efficacité du projet Darah (sept écoles dans une commune très étendue). Mais aussi de goûter l’ambiance villageoise, de voir des arbres et de l’eau, la source où les habitants à dos d’âne remplissent leurs bidons. Au risque d’un regard romantique, les ruines s’accordent bien à l’environnement, tel est le destin de l’architecture de terre, se fondre dans la structure des montagnes. Le béton souffre plus. L’état de ruine de l’ancien hôtel de Massoud en témoigne.




à suivre....

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