samedi 18 février 2023

LA PEINTURE ORIENTALISTE EN ALGERIE. un supplément au voyage.

     Algérie, deux visites pour refaire un tour dans l’histoire de l’art, qui est aussi politique.

1.Origines, le XIXè orientaliste. 



Les artistes voyageurs du dix-neuvième siècle accompagnaient les campagnes militaires, depuis la campagne d’Egypte de Bonaparte

Puis après la colonisation des échanges sont intervenus entre les écoles d’art, des artistes invités, certains comme professeurs arrivent à Alger ou Oran, et des étudiants partent se former à Paris.




Musée d’ALGER ; fondé en 1885, dans des locaux divers, puis ouvert en 1930,  l’anniversaire de la prise d’Alger, monumental édifice dominant le Jardin d’Essai.


Portrait de femme XIXè 


Il comporte des collections très éclectiques, constituées d’acquisitions, des apports des édiles de la colonisation, des donations successives. De la peinture italienne, flamande, et ce jour-là une salle consacrée à un contemporain. On dépasse les sculptures dans l’escalier pour atteindre les peintures
















Des rencontres: de femmes inattendues: loin de Berthe 

Morisot, et des hétaïres attendues, 


Jane Poupelet, sculpture, 1923.





des dessins  de Vaches de Jane Poupelet, (1874-1932), sculptrice un peu oubliée qui fut élève de Rodin.. 


Jane Poupelet, Portrait de Vache.


Si ce n'est lui, c'est donc son frère..


Revenons à l'Orientalisme et ses sources:

De Delacroix, une "Tête de Lion", et le "must":
d'Auguste Renoir : qui séjourna en 1883 et 1884 en Algérie , quelques croquis sous vitrine et une copie (partielle et pas terrible) des Femmes d’Alger: no photo. 

Eugène Delacroix : (1798-1863).  De son Voyage au Maroc, en 1831,  dans l’Ambassade politique de Charles de Mornay, il rapporta des centaines d’aquarelles, une technique en vogue. Certains dessins servirent à la conception des Femmes d’Alger: 


Croquis pour les Femmes D'Alger.

Telle l'alcôve du Bardo
Ses études d’architectures et d’intérieurs, sont comparables à ce que le patrimoine ottoman à Alger nous a donné à voir dans les musées, les costumes féminins et masculins ont hélas disparu en ville, sauf les voiles..

Des paysages :  Son Tanger pourrait passer par une vue d’Oran. 


On rencontre au fil des salles, des paysages et scènes, du genre « oriental » signées de noms connus; d’autres moins. Une occasion de chercher des dates, et une biographie des artistes.

Emile Bernard,  très loin de sa théorie,  (acquisitions de 1930)


Maurice Denis ( Paysage de Palestine)


 2. Entre exotisme et ethnographie.

Fromentin, Le Vieux pont, 1848
Eugène Fromentin, 1820-1876, fit trois séjours en Algérie en 1846..
Guillaumet: Scène à  Biskra.

Gustave Guillaumet (1840-1887): se rendit aussi en Algérie en 1872.


Le choc intervient devant Le Porteur d’eau: 


Très grand format, "en pied"


Hyppolite LAZERGES (1817-1887)  passa une partie de son enfance en Algérie puis après 1861.fonda l’Ecole Orientaliste d’Alger du XIX ème, et le premier Musée dans des locaux de fortune.

Dans son entourage, fin XIXè; Alfred Chataud: 1833-1908,  après des séjours, an Algérie,  s’y fixe en 1882. Si les rêves fantasmés de femmes dénudées, telles que dans Le bain turc d’Ingres sont assez rares, en revanche, les costumes très riches, et les postures lascives ne manquent pas. Les peintures témoignent de fêtes ou cérémonies, dans les traditions juives, en raison de l’importance du peuplement, à l’époque.

Dehodencq, Noce Juive.

Et toujours des vues de la Casbah..


Etienne MARTIN.
Albert LEBOURG























Albert Lebourg 1849-1928,  fut enseignant à Alger de 1872 à 77, impressionniste, de Rouen.  

 Alfred Déhodencq,  (1822-82)  séjourna au Maroc; du fantasme au réalisme: Noce juive.


Paul Lapra, Intérieur de la cour du Palais

Petits et moyens formats, à l'huile. J'ai retiré certains cadres, plus généreux que la toile.


 Le Hammam. un usage toujours
en intérieur !!





















Autres belles femmes voilées 


Le lendemain du Mariage..

Sintès:Le boulevard de l'Impératrice en 1870. 

Joseph Sintès,  (1829-1913). d’origine espagnole vécut à Alger. 



Une photo anonyme vers 1870 nous introduit dans L’atelier du peintre Sintès, 


Une "composition" qui articule un modèle en négligé, son vase (?) et une peinture de paysage, déjà encadrée .. Essayez donc de la caler sur un chevalet, sans bavures…


3.L’apport de la photographie : 


Cette invention nouvelle fut exploitée par des photographes qui voyagent tôt au Moyen Orient, Constantinople et l’Egypte d’abord, le « Levant »; l’Algérie après 1860. Magheb, le  "couchant».  Ils se passionnent pour les vues de la ville, et les habitants.

F.Moulin: Partie d'échecs à Oran.1957.

De l’exotisme, mais aussi un rapport à la lumière favorable au noir et blanc, contrastes maximum.

Anonyme: Négresse à la Fontaine
C. Portier:La Mosquée de Tlemcen, 1870

 























Felix-Jacques Moulin: installé à Paris, part en Algérie avec une recommandation du ministre de la Guerre. Ses clichés sont publiés en 1960. La partie d’échecs, Oran, 1857;


                       "Si Brahim, Ali Chebbi Ben Tahar", Alger, 1857 .


Des photographies ethnographiques qui circulent à Paris et servent aux peintres en atelier.



ND photographe: Femmes Ouled Naïl à Biskra.. 1870, une tribu de montagne, peu glorieuses, 


Ouled Nail. 
 revoir les « deux femmes se tenant par la main, du sculpteur Gaudissard (1950)























Jean Geiser, en 1870 : part et s’installe définitivement à Alger. des "déjà touristes"  se font photographier dans les tenues locales : 


                                             Couple européen en costume algérien...


                         Rue Barberousse  Casbah,  1870  


4. L’école d’Alger:  la Villa Abd-el-Tif


Etienne Dinet: L'embuscade.

La mauresque à la cruche..


L’ installation à l’initiative d’un conservateur du Luxembourg et du Gouverneur d’Alger créa ,  dans la Villa, Abd-El-Tif, un ancien palais du Dey, construit en 1715, une fondation, regroupant dès 1907 les jeunes artistes français admis sur concours. Se voulant l’ équivalent de la Villa Médicis elle offre deux ans de bourses de séjour.  
La liste est longue, presque tous les lauréats et leurs oeuvres sont exposées au Musée d’Alger,  ainsi qu’à Oran. 

En France, après la création de la « Société des peintres Orientalistes » très tardivement par rapport aux artistes majeurs.  Reconnus, ces peintres figuraient dans les Salons.


En 1908, fut crée à Paris, « La Société coloniale des Artistes  Français », tout une idéologie !!!

Alfred  Chataud,  1833-1908,  La mauresque à la cruche.

Les courant impressionniste existe aussi:


Théo Van Rysselberg : 1862-1926. Souvenir

 Et toujours des "Casbah d'Alger"  au début XXè.


Edouard Herzig, 1860-1926

Emile Claro, vers 1930.




Emile Claro ; 1897-1977,  né à Oran, frère de l’architecte de la Maison Mauresque,  collecta les oeuvres des lauréats Abd-el-Tif , pour en faire un catalogue. 

 

Etienne Dinet, la grande découverte .  1861-1929.


Enfants jouant.


Français, il découvre l'Algérie en 1884 lors d'un voyage scientifique.

Puis s'installe plusieurs mois par an à partir de 1889, 

Il a participé à la création de la Villa Abd-el-Tif.


Il apprend l'arabe, fait le pèlerinage à La Mecque, 

( voir l'image en haut de cet essai)

 et se convertit à l'Islam, prend le nom de Nasr ad Dine

Son tombeau sanctuaire islamique à Bou Saàda.



Des scènes du quotidien: un peu dramatisées, et des scènes de tribus.


L'aveugle.

Des toiles puissantes, réalisme des expressions, et compositions en gros plan.


Jeunes filles dansant.

Son élève et illustrateur, Léon Carré, 1878-1942, lauréat d’Abd- El-Tif, en 1909, se fixe à Alger   Il illustre Les mille et une nuits, et forme des jeunes artisans calligraphes. 


Nacim: Barberousse.

Nacim, pour Léon Carré

















Mohammed Nacim, 1896-1975, à l’origine calligraphe, devient un maitre de la rénovation de la miniature, et de sa version au format peinture à l’huile. ( Il mourut assassiné en 75) Une salle entière lui est consacrée.



La Toilette de la Mariée.

Installation au musée: le statut d'un héros national.
Fantasmes européens tardifs;

Théo Van Rysselberg; La Femme au narguilé. vers 1950


Léon Cauvy.

Des lauréats de La Villa entre 1907 et 1920 s'installent définitivement à Alger, devient professeurs, deux sont directeurs:  Ferdinand Antoni (1872-1940) et Léon Cauvy, 1874-1935 chargé de la décoration de L'Exposition des Arts décoratifs de 1925. Il réalisa l'affiche du Centenaire .


L'évolution des styles est marquée par l'art nouveau et les arts décoratifs. Nombre de grands panneaux pour l'Exposition coloniale de 1931:  

Jean Bouchaud (1891-1977) directeur de l'organisation par Lyautey assure aussi la décoration du Paquebot Normandie, puis devenu peintre de la marine, en 1942

 -aux antipodes! - des cartons pour la Bretagne.

"L"Armor et l'Arcoat" , visible à Nantes....




 L’école d’Oran



Le musée Zabana d’ORAN,  musée polyvalent, sections de préhistoire, antiquité, art musulman…(voir chapitre 1) contient peu d’art occidental, importé dans les mêmes conditions, mais beaucoup d’oeuvres d’artistes algériens plus récents et novateurs; de grands formats.


Ferdinand Antoni: La halte au campement.

Oeuvres interdites de photos, (on peut tricher en douce)  Exposées souvent très haut, des cartels inaccessibles; d'où les points de vue déformants et beaucoup d’ anonymes.

Maguet?

E Dinet.

On y avait découvert Nasredine Dinet, grâce aux commentaires de la conservatrice, très enthousiaste.


Surelda: Femmes au repos.

André Surelda (1872-1930), des Beaux Arts de Paris séjourna souvent en Algérie. De grands formats, facture puissante, assez réaliste. A connu l'oeuvre de Matisse.


Plus art des années 30( auteur?) très Matissien

      Emile Bouneau 1902-70:  (Abd-el-Tif),  en  1930:  La toilette de la mariée.


Un dernier très "quotidien";  auteur inconnu, années soixante. Presque au plafond du hall...



Quelques oeuvres, dans un centre culturel et dans les coursives de l’Arène, témoignent d’une influence Matissienne, pas repérables à Alger. L'école de Paris avait dominé.


Artiste Inconnu, sans doute jeune des Arts Déco d'Oran.

5.  L’orientalisme des Avant-Gardes au XXè.


Paul Klee.

 Un pendant au Voyage de Delacroix, trois artistes partent en Tunisie, en 1914:

 Les allemands Paul Klee, August Macke, et le Suisse André  Moilliet .





Ils connaissent Delacroix et Matisse, le Cubisme, l'expressionnisme et aussi les arts décoratifs.


 De leur séjour à Kairouan, ils rapportent des aquarelles de vues sur la ville et ses rues. 


Une identité de construction de la ville, une cité de confession khadjouride, édifiée dans la période des Rostémides, avant que les habitants, chassés,  ne migrent vers le Mzab. 

La ressemblance en photos et dans les aquarelles et dessins est flagrante avec les vues de Ghardaia.


Macke,  Kairouan .

L’impression de voir, en aplatissant des photos de Ghardaia, le même emboitement de cubes, la technique de l'aquarelle facilite la synthèse des formes.

Photo perso de Ghardaia..
des variations chromatiques de l’ocre et de l’orangé, cubes où s’insèrent des palmiers.

Passent des femmes emballées de blanc, chaussures noires.  (Voir chapitre Ghardaia)

André Moilliet, 1914.
La recomposition, sans perspective, des éléments d'architecture, s’organise sur l’armature géométrique des motifs de tapis. 

August Macke,  (1887-1914), tué sur le front.  André Moilliet, (1980-1962).


A Moilliet: mosquée.

Le cubisme,  sous-jacent, est déjà dépassé. C’est le début de l’abstraction, et la méthode que Paul Klee (1879-1940) enseigna au Bauhaus, avant son renvoi.

Sans doute cette vision influa-t-elle sur le goût et les motivations des voyageurs de ma génération.  

 


1 commentaire: